À lire | Les aventures du capitaine Alatriste

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Le capitaine Alatriste a été incarné au cinéma en 2006 par Viggo Mortensen. Une long-métrage réalisé par l’Espagnol Agustín Díaz Yanes.

Le capitaine Fracasse vous manque ? Les Trois Mousquetaires vous convoquent à des beuveries dans vos rêves ? Vous trouvez qu’un mec en collant, c’est badass ? Les Aventures du capitaine Alatriste sont pour vous.

Le premier des romans commence par ces mots :

Ce n’était pas l’homme le plus honnête, ni le plus pieux, mais c’était un homme courageux. Il s’appelait Diego Alatriste.

Rude et courageux, ce soldat au service du roi Philippe IV (avant-dernier roi de la maison d’Autriche) a été renvoyé des régiments de Flandre. Il survit comme spadassin. Sa personnalité complexe et ses principes lui attirent – sinon l’admiration – de sacrés ennuis.

Des ruelles sombres aux champs de bataille
Pour ne rien arranger, le voilà père adoptif du petit Íñigo Balboa, fils de son camarade d’armes mort au combat. Ruelles obscures de cités d’Espagne, bateaux pirates, champs de batailles ou bûchers d’inquisiteurs : les aventures du capitaine et de son compagnon de fortune se déroulent dans de nombreux décors saisissants. À moins que tout se joue dans les tavernes où Francisco de Quevedo écrivait ses sonnets entre deux bouteilles de vin, ou les théâtres où Lope de Vega régnait en maître.

Cette saga de romans de cape et d’épée se dévore très facilement tout en brillant par son écriture et son sens du rythme. On s’amuse et on apprend des choses : chaque tome est à la fois un récit d’aventures et une peinture précise et très vivante de l’Espagne du XVIIe siècle.

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Buste du capitaine Alatriste incarné par l’acteur Viggo Mortensen, sculpté par Legendarion (tous droits réservés).

Complots, trahisons, escarmouches ; alliés précieux et ennemis jurés se succèdent dans un concert de pistolets et d’épées déchainées. Les ricanements des méchants valent celui de Fantômas, et les compétences du héros tiennent autant du duelliste que du ninja. Rien de bien original, mais ce n’est pas ce que l’on recherche dans ce genre de récit n’est-ce pas ?

Des traîne-savate aux têtes couronnées
Pour autant, vous ne devinerez pas l’intrigue. Révélations et rebondissements sont rondement menés tout au long de la saga. Une galerie de personnages attachants se développe rapidement, des traîne-savate aux têtes couronnées en passant par des courtisanes aussi belles que dangereuses. Trop cliché ? Les références permanentes à la littérature de cape et d’épée m’ont personnellement rappelé de bons souvenirs de lecture. Et comme la qualité d’écriture est là, plonger dans cet univers est très agréable. Une lecture-doudou idéale, pour souffler entre Martin Heidegger et Alexandre Soljenitsyne.

Sept volumes ont déjà été écrits par l’auteur espagnol Arturo-Pérez Reverte. Deux autres sont d’ores et déjà prévus, sans que l’on sache s’ils sonneront la fin des tribulations de nos héros.

L’univers a été décliné en film en 2006, mais aussi en bande dessinée publiée aux éditions du Seuil et en série TV diffusée sur Arte en 2015. Cet article sera mis à jour si j’ai le courage de m’y mettre 😉

J’allais oublier : BONNE ANNÉE !!

 

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Charlie Hebdo, l’hommage

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Charb, en pleine séance de dédicaces, dans une exposition sur Charlie Hebdo organisée en avril 2012 dans une école de commerce d’Amiens.

Dans ce billet, mettons exceptionnellement de côté Le Kulturiö, les découvertes artistiques, le monde sécurisant de la fiction, pour celui du réel.

Je parle en tant que Jérôme Perrot, jeune journaliste et auteur de ce blog, pour rendre hommage aux victimes des attaques terroristes islamistes qui se sont déroulées en France entre le 7 et le 9 janvier 2015. Puisque l’on dit « si on se souvient de quelqu’un, il ne meurt pas tout à fait », voici quelques lignes pour raconter ma rencontre avec l’équipe de Charlie Hebdo.

En avril 2012, alors journaliste au Courrier Picard, je rencontre à Amiens plusieurs membres du journal satirique. Charb, Wolinski, Cabu, Luz, entre autres, sont là. Ils sont ouverts, amicaux, en terrain conquis. Leur bonne humeur sent l’alcool et le tabac.

L’incendie dans leurs locaux avait eu lieu il y a quelques mois
Dans les locaux de l’école supérieure de commerce d’Amiens, le journal satirique vient présenter Les 1000 unes de Charlie Hebdo (en réalité 50). La cour intérieure d’une Sup de Co : lieu saugrenu pour une exposition pareille. Ce qui amuse beaucoup Luz : « Être là où on ne s’attend pas à nous voir, ça nous plaît ».

Quelques mois avant leur venue en Picardie, un incendie criminel ravage leurs locaux parisiens. En cause, déjà, les caricatures sur Mahomet parues initialement dans le journal Jyllands-Posten en septembre 2005, et reprises par Charlie Hebdo par solidarité envers ce média danois.

Charb tonne : « On refuse de se cantonner à Paris. On a voulu nous chasser du vingtième arrondissement de Paris, on y est toujours. On est partout chez nous, à Amiens aussi, partout où on peut aller, on ira ».

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Quelques lecteurs viennent se faire dédicacer le livre qui porte le nom de l’exposition, organisée par la bonne volonté de quelques étudiants (dont le jeune homme entre Wolinski et Charb). L’affaire des caricatures de Mohamet est au cœur des discussions. Déjà. Et Charb y répond avec volonté et insouciance.

Racistes, ces mecs là, comme on les a parfois accusé ? J’ai surtout l’impression qu’ils sont dans le millième degré. Baignant dans des références qui leur semblent évidentes. Ce qui rend parfois leur humour incompréhensible.

« On a besoin de gens comme vous »
Je n’ai jamais été un lecteur assidu de Charlie Hebdo. Mais j’ai toujours admiré leur côté trash. Ce qu’ils osaient dans l’humour pour mieux expliquer l’absurdité du monde.

Après avoir posé quelques questions d’usage sur l’exposition à Charb, je lui donne mon point de vue. « Je ne vous trouve pas tout le temps drôle, mais merci d’être là. On a besoin de gens comme vous, de poil à gratter ». Il me répond d’un merci en souriant.

Je me tourne vers Cabu. Timide, le grand Duduche ? Je ne la ramène pas non plus, je suis impressionné d’avoir le monsieur en face de moi. Brouhaha ambiant, j’attaque avec une question. Cabu me regarde avec son visage de poupon et ne répond rien. Avant que les organisateurs nous interrompent.

Le soir, l’équipe de Charlie a rendez-vous au Cirque d’Amiens pour une symphonie révolutionnaire en hommage à Che Guevara. Moins de deux ans plus tard, c’est à plusieurs d’entre eux qu’on rend des hommages : Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski.

La psychanalyste Elsa Cayat, l’économiste Bernard Maris, les gardien de la paix Ahmed Merabet et Franck Brinsolaro, le correcteur Mustapha Ourrad et l’agent de maintenance Frédéric Boisseau décèdent également lors de l’attaque terroriste islamiste des locaux de Charlie Hebdo, ainsi que Michel Renaud, fondateur du festival Rendez-vous du carnet de voyage.

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Je présente mes condoléances aux familles et aux proches des dix-sept personnes assassinées lâchement lors de ces attentats.

Suite à ces événements atroces, plus de quatre millions de personnes sont descendues dans les rues, (presque) sans slogan, sans revendications. Une telle solidarité me rend fier de mon pays. Mais cet élan général n’est qu’une première étape. Pour quels résultats ? Pour quel espoir de mutation profonde et de prise de conscience ?

A titre professionnel, j’espère que ces évènements serviront la cause de la liberté de la presse, à défaut de celle d’une bande de trous du cul.

Que la solidarité vive. Que pessimistes et diviseurs se taisent. Que les manœuvres politiques échouent.
Liberté, égalité, fraternité ! Non, ces mots ne sont pas un leurre, que l’on abandonne à l’extrême-droite. Ce sont les valeurs qui ont fait l’histoire de notre pays, et elles doivent continuer à le faire.

Pour terminer ce billet, je vous propose de l’enrichir dans les commentaires en recensant toutes les lectures pertinentes d’articles, livres, etc… qui nous permettront de réfléchir à l’après-attentat. A l’inévitable perte de libertés individuelles qui nous guette.

Alors, #JeSuisCharlie, que fait-on maintenant ?

-Article du sociologue Saïd Bouamama. L’attentat contre Charlie Hebdo : L’occultation politique et médiatique des causes, des conséquences et des enjeux.

-Billet de la blogueuse Monica M. sur Mediapart. La tentation du Djihad chez de jeunes Européens.

-Billet du journaliste Bruno Masure, agacé par la couverture médiatiques des attentats par les télévisions.

-Livre de philosophie « L’ère du vide », de Gilles Lipotevsky (écrit en 1983 mais toujours cruellement actuel), qui analyse une société « post-moderne » marquée, selon l’auteur, par un désinvestissement de la sphère publique, de même qu’une perte de sens des grandes institutions collectives (sociales et politiques). Attention, c’est costaud à lire, ce n’est pas du Luc Ferry…

N’hésitez pas à enrichir cette liste de vos lectures personnelles.

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[Audio] Mary Shelley, Gérard de Nerval… en héros de BD

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Romantica, c’est le dernier projet BD de Daniel Casanave et David Vandermeulen : une collection qui raconte la vie des grandes figures du romantisme européen. Hervé Vilar et Umberto Tozzi n’en font pas partie. Le Kulturiö vous explique pourquoi, et en audio s’il vous plaît.

Le premier volume de la collection s’attaque à l’Angleterre, avec le couple Shelley. Le deuxième, à l’Allemagne, avec le poète Adelbert von Chamisso. La France sera à l’honneur avec le troisième album, actuellement en préparation, qui s’intéressera à Gérard de Nerval.

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Aldebert van Chamisso, poète voyageur méconnu à la vie extraordinaire.

Ces récits, présentés dans de beaux volumes cartonnés, racontent la vie d’artistes visionnaires, avec un procédé identique au film Gainsbourg, vie héroïque de Joann Sfar (2010) : mélanger la biographie et les œuvres des auteurs. Une approche rigoureuse et néanmoins fantasmagorique des Romantiques.
Découvrez le premier volume, Percy & Mary Shelley, en cliquant juste là.

Édité chez Le Lombard. Existe en version album (2 tomes par histoire) et spéciale (histoire réunie dans un seul volume en format album photo). Prix moyen : 15 € (édition album) ; 22 € (édition spéciale).

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Les aventures du couple Shelley : Percy et Mary, la plus connue des deux pour son roman « Frankenstein ».

La chronique audio a été originellement diffusée sur Radio C2L. Écriture, présentation : Jérôme Perrot. Mixage : Jean-Baptiste Cassou.

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