Marre de Naruto ? Voici cinq anime sans temps morts

Les dessins animés maintenus en vie sous respirateur artificiel, y’en a marre ! Achevé depuis plusieurs mois sur papier, Naruto Shippûden, saga reine des shōnen est toujours à l’agonie en version animée. Comme je suis sympa, je vous propose cinq anime courts et savoureux qui vont à l’essentiel.

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Si vous lisez ces lignes, vous détestez comme moi les « fillers », ces épisodes bouche-trou permettant aux auteurs de mangas de (re)prendre de l’avance sur les diffusions des adaptations de leurs séries animées.

Il y a parfois quelques exceptions (coucou Dragon Slayer), mais le spectateur doit le plus souvent se cogner plusieurs heures d’intrigues à tiroir, ne respectant pas l’œuvre originelle, dont même les fans les plus hardcore finissent par se lasser. Les amateurs d’histoires fleuve comme Olive et Tom, Bleach, Fairy Tail, One Piece… savent ô combien de quoi je parle.

Pour couper court à toute frustration, je vous propose donc cinq séries courtes, où aucun temps mort ne vient parasiter l’action, qui vous permettront de faire mentir l’adage « le plaisir est dans l’attente »…
D’ici la prochaine saga de 8545 épisodes, 27 jeux vidéo et 12 films auquel vous succomberez.

1.    Assassination Classroom  –  Ansatsu kyōshitsu (22 épisodes)

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GTO a trouvé son successeur avec ce récit abracadabrant d’un extraterrestre hyperactif qui devient professeur d’une bande de laissés-pour-compte au collège Kunugigaoka.
Après avoir détruit la moitié de la Lune d’un coup de poing, l’étrange créature à tête de poulpe se présente au gouvernement japonais, et annonce vouloir devenir le professeur principal de la classe 3-E. Continuer la lecture de Marre de Naruto ? Voici cinq anime sans temps morts

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#LeMomentNanar : Anthony Hopkins, Colin Farrell, vous n’avez pas honte ?

Le néon n'attire pas que les mouches visiblement.
« Coucou c’est Jésus-Grill, l’est chouette ton néon »…

Au beau milieu de la file d’attente au cinéma, quand on ne sait toujours pas quoi aller voir, le résultat s’avère rarement glorieux (Remarquez, il peut l’être aussi quand on sait EXACTEMENT ce qu’on va voir). Reste que l’autre soir, on décide avec un vieux copain d’aller au cinéma « à l’arrache », comme au bon temps de la fac. Cruelle erreur ! Le guichet se rapproche… plus que quelques secondes pour choisir.

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Affiche de gauche : énième version du Transporteur, sans même l’ombre d’un Jason Statham. Affiche de droite : Prémonitions, avec Colin Farrell et Anthony Hopkins. Deux stars à zéro. Même si ça n’offre aucune garantie, j’obéis à mes plus bas instincts et à mes souvenirs du Silence des Agneaux et de Phone Game.
Alors de quoi ça cause ? (Pas d’inquiétude, on comprend très vite. Si vous avez une envie pressante au début du film, ne vous retenez surtout pas).

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A Atlanta, c’est un FBI totalement impuissant qui fait face à un tueur en série énigmatique (Je ne vous dirais pas que c’est Colin Farrell, promis). Quoi qu’ils fassent, les enquêteurs ont toujours un coup de retard, comme si le tueur pouvait anticiper leurs mouvements. Mais attendez… ne serait-ce pas en rapport avec ce titre… Prémonitions ? Gagné !

En désespoir de cause, le Federal Bureau of Investigation se tourne vers le docteur John Clancy (Anthony Hopkins), un médium retraité dont les visions les ont aidés dans le pôssé (A lire avec la voix très grave pour accentuer l’effet dramatique).

Gros sabots, surtout vers la fin
En étudiant le dossier, Clancy devine rapidement la raison pour laquelle le FBI est incapable de coincer le tueur : ce dernier possède le même don divinatoire que lui. Comment vont-ils s’y prendre pour arrêter un tueur capable de prévoir l’avenir ? Commence alors une partie d’échecs (im)pitoyable. Surtout pour le spectateur en fait. Prémonitions passe son temps à nous dire avec des gros sabots, que, wahou, la fin elle va être trop bien parce que tu comprends il y a trop de mystère. Un peu comme dans les émissions de télé-réalité, où tu regardes une bande annonce de 90 minutes.   Mais sur TF1 au moins, il y avait du suspense : Éric allait arrêter de tuner sa voiture pour s’occuper de sa fille Kimberley ?

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-« Tu vois Clancy, j’ai un secret pour sourire aussi niaisement : je ne regarde jamais les films dans lesquels je joue ».

Dans ce thriller de bas de pavé écrit avec la b…, Anthony Hopkins surnage facilement au milieu d’acteurs fades. Seule lueur d’espoir ? Quand le film développe un embryon de réflexion sur l’euthanasie (pas celle de Colin Farrell, mauvaises langues).

Non seulement le déroulement du film et sa fin sont ultra-prévisibles, mais au cas où tu serais vraiment débile, on t’en scotche un nouveau morceau sur la tronche toutes les 5 minutes dans de jolies scènes de visions. Le film dégueule de ces scènes prophétiques esthétisantes qui ne font que souligner la médiocrité du reste de cette série B… qui n’est pas encore sortie aux États-Unis. Le comble ! Vous testez vos bouses chez nous les gars ?

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L’été des festivals : que valent les « Brigitte » sur scène ?

Les Brigitte se sont produit à Montargis (Loiret), ville de 15.000 habitants, avant de lancer leur tournée estivale.
Les Brigitte se sont produit à Montargis (Loiret), ville de 15.000 habitants, avant de lancer leur tournée estivale. Un show de plus d’1 h 30.

Selon le site web Sourdoreille, le duo des Brigitte figure à la 13ème place du classement des « squatteurs de festivals d’été ». Autrement dit, ce groupe créé en 2010 figure parmi les formations qui se produiront le plus entre mars et septembre 2015 (sauf s’il choppe la grippe d’ici là).

Une place que Brigitte partage avec Too Many Zooz (qui ?), Arthur H, Faada Freddy et Lilly Wood and The Prick. Attendez une seconde… un classement de  « squatteurs de festival », c’est un peu péjoratif non ? Comme si les groupes qui le composaient étaient des machines à fric programmées à engranger pendant la période estivale.

On peut aussi voir les membres de ce classement comme des formations qui n’ont pas peur d’engloutir les kilomètres, et de jouer dans des petites salles. Malgré leur célébrité. On aurait d’ailleurs pu croire disparu le groupe classé premier, Massilia Sound System. Tout un symbole.

Le duo des Brigitte appartient plutôt à la catégorie des groupes qui font le métier. Leur concert du samedi 18 avril dernier dans la ville de Montargis, auquel Le Kulturiö a assisté, était un modèle de set maîtrisé et professionnel. Prends-en de la graine, Bob Dylan.

Quand Brigitte décoche son fameux sourire à la Dalida, ça ne rigole plus.
Quand Brigitte décoche son fameux sourire à la Dalida, ça ne rigole plus.

Trois albums éthérés, malicieux, faussement naïfs sont déjà sortis Et vous, tu m’aimes ? (2010), Encore (2012) et A bouche que veux-tu (2014). Le concert va débuter d’un instant à l’autre. Le Kulturiö ne connait que la reprise de Ma Benz de NTM. Vivats de début de concert, la salle est plongée dans le noir. Un doute assaille votre blogueur préféré (enfin j’espère).

Première constatation après 20 minutes, et quelques pas de danse dictés au public par la soul (et sûrement l’esprit de James Brown) : nul besoin de connaître pour apprécier.
Un excellent point pour un artiste de festival. Cerise sur le gâteau : le set de Brigitte est très bien construit, et jamais mou. Un vrai défi en festival pour tous les groupes qui ne jouent pas fort.

« On ne dit pas les Brigitte, on dit Brigitte »
Accompagnés de clavier, guitare et basse d’un bon niveau, la Normande et Réunionnaise Sylvie Hoarau (44 ans) et la Parisienne Aurélie Saada (36 ans) sont venus présenter leur univers à une salle comble.
« On ne dit pas les Brigitte, on dit Brigitte ». J’aurais dû commencer par écrire ça : c’est ce que les fans vous diront.
Pourtant ces « Brigitte », sont un objet féminin non identifié. A la fois folk, pop, soul, electro, les deux jeunes femmes sont un mélange discret de ces musiques. On est ici autant dans le consensus que peut l’être Stromae.
Bonjour, objet pop, produit de notre époque ! Brigitte tient autant de la beauté de Sophia Loren que de la coiffure de Mireille Mathieu. C’est cet équilibre fragile qui est touchant. On le retrouve aussi dans les paroles. Essayez de lire les paroles à voix haute pour vous rendre compte à quel point elles peuvent être ridicules hors contexte.

Un spectacle de Brigitte revient à écouter un générique de James Bond en regardant les Claudettes danser (Faites-vous une idée dans la vidéo ci-dessus).
Mais ce duo-concept n’est pas sans âme. Le côté féministe revendicatif de ces deux femmes va bien plus loin que les Spice Girls. Sylvie Hoarau et Aurélie Saada arrivent à détourner les codes de la femme-objet. Un peu comme si elles disaient : « Tu peux m’admirer comme une femme des années 1970, mais respecte-moi comme une femme des années 2010 ».

  • Le Kulturiö n’a pas chomé et a pris 500 photos pendant le concert. A peine si j’en trouve une où elles sont moches. A en rendre jaloux Andy Warhol.Voici une petite sélection :

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De la télé-réalité à l’opéra… sans passer par la case TF1

Un opéra dans un Zénith, hérésie ?
Un opéra dans un Zénith, hérésie ? « Orphée aux enfers », inventif et frais, teinté du sceau de l’amateurisme décomplexé, démontre l’inverse.

Puristes de l’opéra, fuyez ! Ce soir, lundi 27 avril, 20 heures au Zénith de Caen, Chanel Styx vous propose, « L’OPI show », sa dernière télé-réalité à la mode. Une Île de la Tentation sauce opéra-bouffe, avec des Dieux satyres prêts à venir piquer les petites copines de ces vermisseaux d’humains. Le Kulturiö a assisté à la seconde représentation de cet ovni lyrique, dans une salle de spectacles plus habituée au Cirque de Chine et à Eddy Mitchell.

En guise de Nikos Aliagas, pour nous guider pendant les 2 h 40 du spectacle (entracte comprise), l’Opinion Publique personnifiée. Une présentatrice star prête à toutes les compromissions pour pimenter la relation de couple entre le musicien bellâtre Orphée et la Nabilla de service, Eurydice.
Le roi des Enfers, Pluton, charmé par la demoiselle, va s’en mêler.

En ce moment, je joue pas mal à Candy Crush, j’en suis au niveau 666,

se marre la divinité, téléphone portable en main.

Derrière ce pitch riche en anachronismes (et en humour), une version modernisée et raccourcie d’Orphée aux enfers, opéra-bouffe bien connu de Jacques Offenbach. À découvrir ce soir dans la cité caennaise (Calvados), en moyenne pour trente euros.

Une prouesse pour un tel spectacle, rassemblant plus de 100 personnes costumées sur scène, et le triple autour. Garder une qualité élevée dans l’interprétation, les costumes, la direction artistique… à prix réduit : c’est une des missions de La Fabrique de l’Opéra, qui a mis sur pied le spectacle.

Cette franchise associative chapeaute la production d’opéras coopératifs partout en France : Annecy, Grenoble, Levallois, Marseille, Orléans… Dans chaque ville, professionnels et amateurs travaillent main dans la main à la production de spectacles. Toutes les bonnes volontés locales, scolaires et bénévoles sont impliquées dans la conception, des coiffeuses jusqu’aux hôtes d’accueil du public dans la salle.

À Caen, quatre cents jeunes de 16 à 22 ans ont contribué à une production astucieuse et à la bonne humeur communicative. L’amateurisme est bien sûr palpable (sauf chez les chanteurs et chanteuses) mais l’opéra-bouffe est le royaume de l’incongru.

Les quelques couacs de danse, de costumes, de technique… ne gâchent en rien cet opéra qui bouge, à la scénographie proche d’une comédie musicale. Audacieuse dans l’utilisation de la vidéo comme dans les aménagements apportés au texte et à la musique originale.

Orphée, star antique
Penchons-nous un peu sur le personnage qui donne son titre à cet opéra-bouffe du Français d’origine allemande Jacques Offenbach (1819-1880). Héros de la mythologie grecque, Orphée n’est pas un inconnu. Coutumier des liftings d’intrigue. Il a notamment été incarné au cinéma dans des versions modernisées par Jean Marais ou Francis Huster (si si).

Francis Huster dans
Francis Huster joue Orphée dans « Parking » de Jacques Demy (1985).
Ici sous les traits de Jean Marais, dans
Orphée sous les traits de Jean Marais, dans le film éponyme de Jean Cocteau (1950).

Le 21 octobre 1858, Orphée aux enfers est joué pour la première fois, dans la France de Napoléon III. La liberté d’expression est toutefois en expansion, notamment dans la presse avec des caricaturistes comme Honoré Daumier. Les références à l’actualité ou à l’Histoire dans les spectacles, que l’on réécrit de semaines en semaines, font déjà hurler de rire les spectateurs.

Opération séduction
Le compositeur de La vie parisienne, Jacques Offenbach, se complait dans ce rôle. Il incorpore les premières notes de La Marseillaise dans une mélodie. Scandale.
Aujourd’hui en 2015, rien de tout ça. Mais l’art lyrique a besoin de retrouver un vent de liberté pour séduire un plus vaste public. Et le choix d’une télé-réalité comme cadre d’un spectacle sur des gens aux mœurs légères est vraiment judicieux.

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  • Opéra d’Hector Crémieux et Ludovic Halévy, sur une musique de Jacques Offenbach créé le 21 octobre 1858 au théâtre des Bouffes-Parisiens. Mis en scène par Philippe Bombled et dirigé par Didier Horry. Chœur et orchestre universitaire régional.
    Dernière représentation, ce lundi 27 avril à 20 heures. Vous pouvez acheter vos tickets directement au guichet du Zénith de Caen, 6 rue Joseph Philippon, ou directement en ligne.

Foxcatcher : dans le brouillard et au tapis

Inspiré d’un fait divers qui a secoué le monde du sport américain, Foxcatcher est un film multi-facettes, compliqué à appréhender, mais qui mérite vraiment d’être vu.

Il raconte la relation improbable entre un milliardaire excentrique (Steve Carell) et deux frères champions de lutte David Schultz (Mark Ruffalo) et Mark Schultz (Channing Tatum). Un trio d’acteurs plein de justesse.

Pour les deux sportifs, c’est la gueule de bois au lendemain des J.O. de Los Angeles 1984. Ils reviennent médaillés mais retournent à l’anonymat des salles de province.

Le frère aîné, David, se construit un équilibre autour de sa femme et de ses enfants. Mark, plus solitaire, sombre lui plutôt dans la dépression, façon Rambo après le Vietnam.

Channing Tatum et Mark Ruffalo, les frères Lalutte.
Channing Tatum et Mark Ruffalo, les frères Lalutte.

« Philatéliste, philanthrope et ornithologue »
John E. Du Pont (Steve Carell), richissime mégalo passionné de lutte gréco-romaine, est aussi « patriote, philatéliste, philanthrope et ornithologue ». Avec des passions pareilles, les amis ce n’est pas trop ça… il veut donc des médailles aux J.O. de Séoul pour compenser.

Comme ça, sa mère – qui ne jure par l’élevage de chevaux et la chasse au renard – arrêtera peut-être de le prendre pour un raté.

Le Serge Dassault local aligne les billets pour attirer les deux frères dans sa propriété baignée dans le brouillard, en Pennsylvanie, où un centre d’entraînement ultra-moderne vient d’être construit.

Steve Carell, méconnaissable en coach omnipotent donneur de leçons.
Steve Carell, méconnaissable en coach omnipotent donneur de leçons.

Lancinant, implacable, glacé comme une bruine hivernale, le piège se referme sur les deux lutteurs. Mais n’était-il pas posé dès le départ ? Les deux hommes ont été abandonnés par leur père. Leurs choix ont été irrémédiablement conditionnés par cet épisode de leur vie.

Dans ce long-métrage, le poids du déterminisme (familial, mais aussi social) est comme un boulet que portent tous les personnages en silence. Oubliez The Wrestler, Raging Bull et autres Rocky. Pas d’affrontements magnifiés par l’image, ni même une lutte entre deux frères, mais plutôt une histoire magistrale de personnages en recherche de reconnaissance.

L’espoir se résume à quelques travellings dans un décor trop opaque pour être honnête, sur fond d’envolées lyriques.

Mention en passant à la bande originale, qui remplit ici parfaitement son rôle et capte l’attention grâce à quelques bons chuintements de guitare. Mais au feu les effets de la manche, c’est ici la sobriété qui est de mise.  Continuer la lecture de Foxcatcher : dans le brouillard et au tapis

Garry Winogrand, portraits de rue rares

Encore quelques jours pour découvrir les clichés de Garry Winogrand, à Paris. Au Jeu de Paume, à deux pas du jardin des Tuileries, se tient la plus grande rétrospective consacrée depuis un quart de siècle à ce maître de la photographie de rue.

« La vie, c’est ce qui arrive quand on a d’autres projets », disait John Lennon. La vie et l’œuvre de Garry Winogrand entre en résonance avec ces mots. Emporté par un cancer en 1984, à l’âge de 56 ans, ce photographe new-yorkais n’aura trié ni même vu la moitié de ses propres photos.

Garry Winogrand, photographié par son ami Lee Friedlander en 1957.
Garry Winogrand (1928-1984), photographié par son ami Lee Friedlander en 1957.

On pourrait dire que j’étudie la photographie, et c’est vrai ; mais, en réalité, j’étudie l’Amérique.

L’artiste new-yorkais, de plus en plus sceptique sur la capacité d’une photo à changer, voir à expliquer le monde, préférait produire que trier.

Continuer la lecture de Garry Winogrand, portraits de rue rares

Charlie Hebdo, l’hommage

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Charb, en pleine séance de dédicaces, dans une exposition sur Charlie Hebdo organisée en avril 2012 dans une école de commerce d’Amiens.

Dans ce billet, mettons exceptionnellement de côté Le Kulturiö, les découvertes artistiques, le monde sécurisant de la fiction, pour celui du réel.

Je parle en tant que Jérôme Perrot, jeune journaliste et auteur de ce blog, pour rendre hommage aux victimes des attaques terroristes islamistes qui se sont déroulées en France entre le 7 et le 9 janvier 2015. Puisque l’on dit « si on se souvient de quelqu’un, il ne meurt pas tout à fait », voici quelques lignes pour raconter ma rencontre avec l’équipe de Charlie Hebdo.

En avril 2012, alors journaliste au Courrier Picard, je rencontre à Amiens plusieurs membres du journal satirique. Charb, Wolinski, Cabu, Luz, entre autres, sont là. Ils sont ouverts, amicaux, en terrain conquis. Leur bonne humeur sent l’alcool et le tabac.

L’incendie dans leurs locaux avait eu lieu il y a quelques mois
Dans les locaux de l’école supérieure de commerce d’Amiens, le journal satirique vient présenter Les 1000 unes de Charlie Hebdo (en réalité 50). La cour intérieure d’une Sup de Co : lieu saugrenu pour une exposition pareille. Ce qui amuse beaucoup Luz : « Être là où on ne s’attend pas à nous voir, ça nous plaît ».

Quelques mois avant leur venue en Picardie, un incendie criminel ravage leurs locaux parisiens. En cause, déjà, les caricatures sur Mahomet parues initialement dans le journal Jyllands-Posten en septembre 2005, et reprises par Charlie Hebdo par solidarité envers ce média danois.

Charb tonne : « On refuse de se cantonner à Paris. On a voulu nous chasser du vingtième arrondissement de Paris, on y est toujours. On est partout chez nous, à Amiens aussi, partout où on peut aller, on ira ».

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Quelques lecteurs viennent se faire dédicacer le livre qui porte le nom de l’exposition, organisée par la bonne volonté de quelques étudiants (dont le jeune homme entre Wolinski et Charb). L’affaire des caricatures de Mohamet est au cœur des discussions. Déjà. Et Charb y répond avec volonté et insouciance.

Racistes, ces mecs là, comme on les a parfois accusé ? J’ai surtout l’impression qu’ils sont dans le millième degré. Baignant dans des références qui leur semblent évidentes. Ce qui rend parfois leur humour incompréhensible.

« On a besoin de gens comme vous »
Je n’ai jamais été un lecteur assidu de Charlie Hebdo. Mais j’ai toujours admiré leur côté trash. Ce qu’ils osaient dans l’humour pour mieux expliquer l’absurdité du monde.

Après avoir posé quelques questions d’usage sur l’exposition à Charb, je lui donne mon point de vue. « Je ne vous trouve pas tout le temps drôle, mais merci d’être là. On a besoin de gens comme vous, de poil à gratter ». Il me répond d’un merci en souriant.

Je me tourne vers Cabu. Timide, le grand Duduche ? Je ne la ramène pas non plus, je suis impressionné d’avoir le monsieur en face de moi. Brouhaha ambiant, j’attaque avec une question. Cabu me regarde avec son visage de poupon et ne répond rien. Avant que les organisateurs nous interrompent.

Le soir, l’équipe de Charlie a rendez-vous au Cirque d’Amiens pour une symphonie révolutionnaire en hommage à Che Guevara. Moins de deux ans plus tard, c’est à plusieurs d’entre eux qu’on rend des hommages : Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski.

La psychanalyste Elsa Cayat, l’économiste Bernard Maris, les gardien de la paix Ahmed Merabet et Franck Brinsolaro, le correcteur Mustapha Ourrad et l’agent de maintenance Frédéric Boisseau décèdent également lors de l’attaque terroriste islamiste des locaux de Charlie Hebdo, ainsi que Michel Renaud, fondateur du festival Rendez-vous du carnet de voyage.

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Je présente mes condoléances aux familles et aux proches des dix-sept personnes assassinées lâchement lors de ces attentats.

Suite à ces événements atroces, plus de quatre millions de personnes sont descendues dans les rues, (presque) sans slogan, sans revendications. Une telle solidarité me rend fier de mon pays. Mais cet élan général n’est qu’une première étape. Pour quels résultats ? Pour quel espoir de mutation profonde et de prise de conscience ?

A titre professionnel, j’espère que ces évènements serviront la cause de la liberté de la presse, à défaut de celle d’une bande de trous du cul.

Que la solidarité vive. Que pessimistes et diviseurs se taisent. Que les manœuvres politiques échouent.
Liberté, égalité, fraternité ! Non, ces mots ne sont pas un leurre, que l’on abandonne à l’extrême-droite. Ce sont les valeurs qui ont fait l’histoire de notre pays, et elles doivent continuer à le faire.

Pour terminer ce billet, je vous propose de l’enrichir dans les commentaires en recensant toutes les lectures pertinentes d’articles, livres, etc… qui nous permettront de réfléchir à l’après-attentat. A l’inévitable perte de libertés individuelles qui nous guette.

Alors, #JeSuisCharlie, que fait-on maintenant ?

-Article du sociologue Saïd Bouamama. L’attentat contre Charlie Hebdo : L’occultation politique et médiatique des causes, des conséquences et des enjeux.

-Billet de la blogueuse Monica M. sur Mediapart. La tentation du Djihad chez de jeunes Européens.

-Billet du journaliste Bruno Masure, agacé par la couverture médiatiques des attentats par les télévisions.

-Livre de philosophie « L’ère du vide », de Gilles Lipotevsky (écrit en 1983 mais toujours cruellement actuel), qui analyse une société « post-moderne » marquée, selon l’auteur, par un désinvestissement de la sphère publique, de même qu’une perte de sens des grandes institutions collectives (sociales et politiques). Attention, c’est costaud à lire, ce n’est pas du Luc Ferry…

N’hésitez pas à enrichir cette liste de vos lectures personnelles.

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