Le 33ème festival international du film fantastique vient de s’achever et j’ai pu y dévorer douze nouveaux films en deux jours et quelques. Je vous propose de découvrir mon classement qui contient – une fois de plus grâce au festival vosgien – quelques belles découvertes.
Classé en 12ème position. « I Live Here Now », États-Unis, de Julie Pacino

David Lynch rencontre Vice et Versa dans le premier film de Julie Pacino, la fille de Al. L’héroïne mène avec ses différentes personnalités un combat intérieur sur les traumas de l’avortement. Un louable sujet qui se noie littéralement dans le dédale de prétention artistique censé nous le raconter. Au secours !
Classé en 11ème position. « Night Of The Reaper », États-Unis, de Brandon Christensen

Dans le slasher américain « Night Of The Reaper », un tueur traque les baby-sitters d’une petite ville du Midwest. Jouer la carte de l’hommage aux années 1980 ne dispense pas d’écrire un film correctement. Passé la jolie scène d’introduction, on s’ennuie ferme, le shérif bas du front est très agaçant et le twist de fin arrive de nulle part, comme un aveu de ce jeu de massacre tarabiscoté qui prend l’eau de toutes parts.
Classé en 10ème position. « Nervures », Canada, de Raymond Saint-Jean

Dans ce body horror, on suit les méfaits d’un médecin de campagne écolo facho. Un film trop prévisible, dialogué au ras des pâquerettes, qui mâchonne jusqu’à l’insipide sa bonne idée inaugurale. Pour ne rien arranger, la qualité du jeu d’acteur est inversement proportionnelle à la bêtise de ses protagonistes. Ce qui est commode pour le méchant, mais bien dommage pour nous.
Classé en 9ème position. « Welcome home baby », Allemagne-Autriche, d’Andreas Prochaska

Ma sorcière bien zélée : ce film « d’horreur familiale » riche en petites vieilles flippantes et en plans beaux comme des tableaux, se drape dans un esthétisme froid interdisant d’avoir la quelconque empathie pour le couple de héros. Welcome home baby souffre du syndrome de la suffisance : « regardez je fais des belles images, pas grave si la scène raconte rien ». Résultat, tout ça se prend méchamment les pieds dans le tapis en braconnant sur les terres de Midsommar, pas surprenant vu que son montage à la serpette l’ampute des deux jambes. Dommage, je m’attendais à mieux !
Classé en 8ème position. « Cold Storage », États-Unis, de Jonny Campbell

Dans cette comédie catastrophe, le sort de l’humanité repose sur un agent de bioterrorisme à la retraite (Liam Neeson, qui rit de son image) et deux héros improbables employés d’un garde-meubles (dont Joe Kerry de Stranger Things). Un très efficace « feel good » movie qui coche avec enthousiasme les cases du divertissement gore.
Classé en 7ème position. « Redux Redux », États-Unis, de Kevin et Matthew McManus. Prix du Public Gérardmer 2026.

C’est l’histoire d’Irene, une mère brisée par la mort de sa fille, tuée par un serial killer. Avec une machine à voyager entre des univers parallèles, elle traque sans relâche le meurtrier. Une série B bien ficelée – si l’on pardonne ses maladresses – où la science-fiction est bien plus qu’un prétexte. L’attachant duo de comédiennes apporte juste ce qu’il faut d’émotions à cette virée badass, entre motels, ruelles sombres et dinners.
Classé en 6ème position. « Junk World », Japon, de Hori Takahide.

Cette comédie de science-fiction/action très (trop ?) généreuse est une prouesse technique mêlant marionnettes, décors construits à la main et vues en 3D. Ne soyez pas rebutés trop vite par ce style unique qui évoque Phil Mulloy, Roland Topor ou l’univers cyberpunk. Sous ses airs de hard SF chiante, Junkworld offre grâce à ses attachants personnages un ébouriffant mélange d’humour potache, de paradoxe temporel, d’exploration et de batailles dignes du jeu vidéo Monster Hunter. C’est une préquelle de Junkhead, censée se dérouler 1000 ans avant.
Classé en 5ème position. « Dolly », États-Unis, de Rod Blackhurst.

Une jeune femme, Macy, lutte pour survivre après avoir été enlevée par une créature monstrueuse bien décidée à l’élever comme sa propre enfant. Un survival horror totalement décomplexé dans son absurdité tout en ménageant des moments de tension, aussi drôle que gore. Mention spéciale aux comédiens vraiment impeccables, parmi lesquels Sean Williams Scott (American Pie) dont je vais me souvenir longtemps du rôle dans ce film. C’est un oui !
Classé en 4ème position. « The Weed Eaters », Nouvelle-Zélande, de Callum Devlin. Prix du Jury Gérardmer 2026

Film le plus original que j’aurai vu au festival de Gérardmer cette année, The Weed Eaters (c’est littéralement un nom pour les tailles-haies) détonne. Lors d’une escapade loin du monde pour le réveillon du Nouvel An, quatre fumeurs de beuh invétérés se retrouvent chez un fermier solitaire et font une découverte stupéfiante : une variété d’herbe provoquant une irrésistible envie de chair humaine… Dans cet improbable mélange entre La Colline a des Yeux et Cuisine et dépendances, à la surprenante, bande son jazz électro, toutes les situations deviennent prétexte à des silences gênés. La maladresse à la fois navrante et touchante de nos quatre héros emmène cette comédie horrifique sur les terres du burlesque et d’un humour pince sans rire qui agit en révélateur de ces bientôt quadras plein d’aspérités, de lâchetés et de cruauté.
Classé en 3ème position. « Don’t Leave The Kids Alone/No Dejes A Los Ninos Solo », Mexique, d’Emilio Portes. Prix du Jury Jeunes de la Région Grand Est.

Veuve depuis peu, Catalina est contrainte de laisser ses enfants seuls à la maison quelques heures pour assister à une soirée où elle espère décrocher un emploi. Livrés à eux-mêmes, Mati et Emi s’amusent comme jamais… sans se douter qu’une force invisible est à l’œuvre pour les séparer. Dans ce film maîtrisé de bout en bout, Maman j’ai raté l’avion qui rencontre Amityville. Signé du Mexicain Emilio Cortes, Don’t Leave The Kids Alone m’a scotché au siège de bout en bout avec ses rebondissements imprévisibles pour le spectateur, son montage aux petits oignons et un trio d’acteurs principaux épatants.
Classé en 2ème position. « The Thing With Feathers », Royaume-Uni, de Dylan Southern.

Le fantastique doit être aussi savoir être un genre qui apaise et panse les plaies plutôt que de verser de l’acide dessus. Ce film en est un beau et sincère témoignage. Un père, dont la réalité s’effondre à la mort de sa femme, se voit traqué par une présence étrange, sortie toute droite de ses dessins. J’ai beaucoup aimé « The Thing With Feathers« , qui reste très accessible et enlevé, tout en traitant d’un sujet grave (Prends-en de la graine, I Live Here Now).
Classé en 1ère position. « Flush », France, de Grégory Morin.

Quand Bernie rencontre Reservoir dogs, ça donne quoi ? Luc (Jonathan Lambert), junkie à la dérive, tente de reconquérir son ex, mais se retrouve pris dans un trafic de drogue. Laissé pour mort, la tête coincée dans des toilettes, il n’a qu’une nuit pour s’en sortir et reconstruire sa vie. Grégory Morin, auteur de plusieurs courts-métrages trash et inventifs, signe ici avec son premier long-métrage un hilarant huis-clos qui fait d’une blague potache – un mec coincé la tête dans les toilettes – le prétexte à la trépidante lutte pour la survie d’un loser. L’économie de moyens donne ici une énergie incroyable à l’histoire. Si vous ne devez voir qu’un seul film projeté à Gérardmer en 2026, c’est bien celui-ci !
Es-tu d’accord avec ce classement ? As-tu vu d’autres films à Gérardmer que je devrais absolument rattraper ? J’attends vos réponses en commentaire.
Et en 2025, c’était quoi les films du festival de Gérardmer qu’il ne fallait pas manquer ?