Photo | Plus qu’une semaine pour découvrir l’expo Claudia Andujar

Jusqu’au 13 septembre, la Fondation Cartier pour l’art contemporain accueille à Paris une exposition dédiée au travail de la photographe et militante brésilienne Claudia Andujar. Née en Transylvanie, issue d’une famille suisse protestante, la photojournaliste et militante née en 1931 a vu ses parents se séparer, son père et et les autres membres de sa famille paternelle déportée dans les camps. Entre les déménagements successifs des deux côtés de l’Atlantique, son bref mariage avec un réfugié espagnol dont elle conserve le nom, son retour au Brésil où vit sa mère, Claudia née Claudine se reconstruit peu à peu une nouvelle identité. Attirée au début par la peinture, elle se prend d’amour pour la photographie. Ses premières séries de clichés la mènent à s’intéresser aux Yanomami. Un peuple amérindien de la forêt amazonienne à la frontière entre le Brésil et le Vénézuela, qu’elle va photographier et accompagner dans la défense de leurs droits pendant près de 50 ans.

Claudia participe au renouveau du photojournalisme dans le Brésil des années 1970. Ici, notamment un reportage en une du magazine Realidade (avril 1968) sur la prostitution dans l’État de São Paulo.

Dans les années 1970, le gouvernement fédéral découvre de l’or, de l’uranium et du minerai d’étain en Amazonie et en territoire Yanomami. Est alors décidé la construction d’une ambitieuse route transamazonienne, qui ne sera jamais achevée mais attirera orpailleurs, industries minières, épidémies et pollution des rivières. Les conséquences pour les Yanomami sont considérables. Le travail de Claudia, devenue de nationalité brésilienne, s’oriente de plus en plus vers le militantisme. Elle expérimente notamment l’utilisation de l’infrarouge des militaires pour donner des couleurs à la fois superbes et inquiétantes à ses photographies.

Le yano est le foyer des Yanomami. Plusieurs familles y cohabitent. Lieu fortement symbolique de la culture de ce peuple, il est parfois volontairement incendié en cas de mort d’un chef par exemple.

Elle s’oppose à Bolsonaro, alors député fédéral
En 1970, la photographie de Claudia d’un Xikrin (homme-oiseau) fait la couverture du New York Times Magazine et commence à attirer l’attention de la communauté internationale sur la situation, soutenue par son compagnon de lutte Carlo Zacquini, missionnaire italien. Elle rencontre aussi à l’époque Davi Kopenawa, Yanomami et futur porte-parole de la communauté. En 1977, le gouvernement brésilien expulse Claudia du territoire Yanomami pour raison de « sécurité nationale ». Un évènement qui va renforcer encore sa détermination et l’inciter à mettre en pauses ses activités artistiques pour privilégier la cause indigéniste. En 1993-1994, le député fédéral, un certain Jair Bolsonaro s’oppose à l’homologation de la démarcation du territoire Yanomami obtenue en 1992 grâce aux pressions nationales et internationales.

L’exposition est répartie sur deux étages. Dans le jardin, ne manquez pas les installations d’Agnès Varda.

Dans les yano, le surréalisme est roi
Claudia Andujar travaillera beaucoup sur les techniques permettant de photographier en cas de faible lumière, applique de la vaseline sur l’objectif, utilise un grand-angle, des filtres. Un travail qui symbolise à la fois un peuple placé à l’ombre de l’histoire du Brésil, mais qui indique aussi de la part de l’artiste une familiarité croissante avec le monde amérindien. Dans les clichés des yano (foyer) des familles, le surréalisme est roi : la voûte représente un ciel étoilé, les hamacs et les corps étendus sont nimbés de fumées dans une représentation du quotidien très métaphysique.

Les lumières du toit symbolisent aussi les xapiri, esprits que les Yanomami chevauchent à leur mort. Ces entités sont très présentes dans leur culture.

Une des séries de photos la plus saisissante est sans conteste le reahu, rituel funéraire et cérémonie d’alliance entre communautés que je vous laisse découvrir à l’exposition. Sachez juste qu’il n’aurait pas été exagéré d’appeler ce rite « Sexe, drogue et ventre plein ».

Des Yanomami ingèrent une poudre hallucinogène, la yãkoana.

Une jolie exposition qui montre également dans sa seconde partie comment les Yanomami eux-mêmes se sont appropriés le témoignage de leur propre culture, entre films et dessins.
Découvrez les enregistrements mais aussi une série de podcasts originaux sur ce mini-site dédié de la Fondation Cartier.

Scènes de la vie quotidienne dessinées par des Yanomami.

N’oubliez pas que vous avez jusqu’au 13 septembre 2020 inclus pour découvrir cette exposition à Paris.

Tu as aimé cette exposition ? Tu l’as détestée ? Apporte donc de l’eau au moulin dans les commentaires ou sur Facebook, Instagram & Twitter.

👀 Si tu veux stalker Le Kulturiö sur les réseaux sociaux ou t’abonner à la newsletter (en bas à droite de la page d’accueil), c’est par ici que ça se passe.

T’EN VEUX ENCORE ?
👉 Le Voyage à Nantes 2020 – Visite guidée avec Le Kulturiö
👉Aller au ciné avec un masque, très peu pour toi ? Viens créer ton festival de ciné dématérialisé !


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s