Musique | Zeal & Ardor : l’alchimiste qui mélange gospel et metal

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Le genre de l’uchronie est désormais bien installé dans les domaines de la littérature, de la bande dessinée ou des séries télé telles que The Plot Against America ou La Révolution, mais qu’en est-il de la musique ? Intéressons-nous aujourd’hui au projet Zeal & Ardor, créé par le musicien américano-suisse Manuel Gagneux en 2013, qui se base sur le postulat suivant :

Le christianisme a été imposé aux esclaves américains, tout comme il le fut en Norvège. Un pays où, dans les années 1990, le black metal s’est développé comme une rébellion contre le monothéisme. Et si les esclaves américains s’étaient rebellés de la même manière, faisant allégeance à Satan plutôt qu’à Dieu ?


Autrement dit : à quoi ressemblerait du gospel satanique ? Développant cette singulière idée, Zeal & Ardor développe des compositions mélangeant les deux genres a priori irréconciliables du black metal et du negro spiritual ; entremêlant les chants d’esclaves cuisant sous le soleil aux cris déchirants de chevelus qui le ne voient jamais. Au gré des chansons, sur un fil ténu entre blues, occultisme et libertarisme, on retrouve des éléments de soul, folk, electronica, drum’n’bass ou de death metal mélodique. Le leader de la formation précise qu’en raison de la teneur des paroles, aucun véritable chanteur ou chanteuse de gospel n’a jamais accepté de collaborer à un disque de Zeal & Ardor.

Le logo du groupe, signé de l’artiste Luca Piazzalonga, est inspiré d’un symbole luciférien, rehaussé ici d’un « z » et d’un « a ».



Suite au succès du premier album, le projet solo de Manuel Gagneux est complété en 2016 par cinq autres membres. Denis Wagner et Marc Obrist (chœurs), Tiziano Volante (guitare), Mia Rafaela Dieu (guitare basse) et Marco Von Allmen (batterie).
Alors pourquoi cette formation est devenue l’un des groupes les plus marquants de ces dernières années, tous style confondus ? Ce groupe se distingue d’abord son originalité folle, son sens de la mélodie, sa rage qui sent le soufre, le tout englobé dans une démarche artistique complète.Un mélange tout en équilibre et en subtilité, où chaque partie musicale met en valeur l’autre. J’ai des frissons rien que de penser à leur style chaloupé, groovy et méchant à la fois, qui fonctionne encore mieux en concert.

Créatif sur album, vibrant en live, Zeal & Ardor a pris un virage militant avec son dernier album. Il s’agit d’un EP intitulé Wake of a Nation, qui sort en soutien du mouvement Black Lives Matter, dénonçant les violences policières à caractère raciste.

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EP du groupe Zeal and Ardor, « Wake of a Nation ».


« J’aime habituellement laisser place à l’ambiguïté et l’interprétation. Pas cette fois« , explique Manuel Gagneux. « Ces six morceaux sont en réaction à ce qui est arrivé à mes semblables ces derniers mois. » Les bénéfices du single I Can’t Breathe seront reversés.
« À la base, je comptais faire un album qui sortirait l’année prochaine. Comme ces chansons étaient écrites suite aux horribles événements qui les ont instillées, j’ai décidé de les sortir dès que possible. Puisque j’incluais cet héritage et cette culture dans mon identité musicale, je me suis dit qu’il serait lâche de rester là et de continuer ma routine comme si de rien était » , a déclaré le leader du projet, dédiant ce nouveau disque à Michael Brown, Eric Garner, George Floyd et toutes les autres victimes sans visage.

Occultisme, missionnaires et fer à repasser
Incluant volontiers dans son œuvre symboles sataniques, ou samples des leaders occultes Anton LaVey ou Aleister Crowley, Zeal & Ardor ne fait pas œuvre de propagande pour autant. « La présence de ces croyances occultes dans Zeal & Ardor fait partie de l’aspect narratif du projet (…) Ce qui relève de mes croyances personnelles, je préfère le garder pour moi. Mais j’ai un problème avec les œuvres de missionnaires en général, et le fait de vouloir propager certaines idées. »

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Déjà qu’un tatouage classique fait mal, je n’ose pas imaginer ce que ça donne au fer rouge (il s’agit ici d’une photo d’un tatouage classique).


Lors de plusieurs concerts donnés en 2018, et en échange de zéro dollar, huit fans hardcore se sont fait marquer la chair d’un fer à repasser brûlant. Le « rituel » s’est déroulé sans rendez-vous sur le stand merchandising du groupe. La gratuité du marquage est censée symboliser le traitement reçu pour le salaire versé des esclaves. Ces personnes arborent désormais le logo du groupe à même leur peau. Lorsqu’on lui a demandé d’expliquer le raisonnement derrière cette démarche, Gagneux a souligné sa relation avec l’esclavage – une violente similitude qui en dit long sur la musique de Zeal & Ardor. « L’intention était que personne ne le fasse jamais, parce que cette démarche se résume à ceci : vous ne voulez pas de cette marque sur vous, jamais », a-t-il expliqué. « Si vous le faites, vous êtes juste un idiot qui suit, qui ne pense pas par vous-même. »
Ces tatouages de l’enfer ne sont désormais plus possibles. Mais qui est le plus idiot dans l’histoire, celui qui suit ou celui qui ordonne ? « Si ces huit personnes veulent insister sur ma déclaration, ça me va. (…) Ces huit personnes qu’on l’on fait, c’est suffisant. Si elles ne comprennent pas le symbolisme, ne les encourageons pas. »

🎧 Je suis certain d’apprécier si… j’écoute Frank Zappa, Mr. Bungle, Igor Stravinsky, Bonobo, Portishead.

Avant d’écouter l’EP Wake of a Nation (2020), je vous conseille de débuter par les albums Devil Is Fine (2017) et Stranger Fruit (2018), dans l’ordre de lecture si possible. Gardez-vous le Live In London (2019) pour terminer.
Voici un petit avant-goût, ci-dessous, en quelques clips.

Clip de « Devil Is Fine », issu du premier album de Zeal & Ardor.
Captation du concert de Zeal & Ardor à l’origine du disque « Live In London ».
Clip de la chanson « Gravedigger’s Chant », issue de l’album Stranger Fruit.


Tu as aimé ce groupe ? Tu l’as détesté ? Tu veux m’en suggérer d’autres ? Apporte donc de l’eau au moulin dans les commentaires ou sur Facebook, Instagram & Twitter.

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